Chronique : Terry Moore

Bonjour,

Un nouveau titre qui vient de sortir, une nouvelle série en préparation : de bonnes raisons pour vous parler de Terry Moore.

Terry Moore, vous le connaissez au moins pour ce que l’on pourrait appeler son « Grand Œuvre », soit la série Strangers in Paradise (SiP pour les initiés) écrite, dessinée et publié (en indépendant dans sa propre maison d’édition, Abstract Sudio) entre 1993 et 2007. Vous avez peut-être eu la chance de le découvrir en français, même si ce fut relativement difficile au départ. Un premier éditeur français à la fin des années 90 (Téméraire) puis un second au début des années 2000 (Bulle Dog) qui n’ont connu, ni l’un, ni l’autre, une très longue vie. Terry Moore est maintenant édité par Delcourt et j’ai cru remarqué que les sorties françaises étaient très rapides après l’édition originale.

Strangers in Paradise, c’est l’histoire de Francine (la brune) et de sa meilleure amie Katchoo (la blonde). qui est amoureuse de Francine. Et il y a David, qui est amoureux de Katchoo. Puis le difficile passé de Katchoo revient bouleverser leurs vies à tous. Il y a des syndicats du crime, un réseau de prostitution, de l’espionnage et des assassinats, du thriller quoi ! Si je vous dis que ça se finit bien… ou mal…. c’est encore un spoiler, depuis le temps ?

Une fois achevé SiP, que pouvait faire Terry Moore ? Il décida de changer de genre et de regarder vers la science-fiction avec Echo publié entre 2008 et 2011. Nous suivons Julie, une américaine moyenne, photographe de profession. Alors qu’elle prends des clichés dans le désert, elle assiste à une explosion dans le ciel et se retrouve bientôt recouverte en partie d’une substance d’apparence métallique dont elle ne peut se défaire. L’explosion, c’était une expérience sur un matériel militaire qui a échoué. Et quand ce laboratoire découvre qu’il y a eu un témoin de l’accident dans le désert, il lance quelqu’un à la poursuite de Julie.

Je suis fan de science-fiction, donc j’ai plutôt bien aimé. Une bonne surprise à la fin, Echo se passe dans le même univers que SiP.

Après Echo, Tery Moore change à nouveau de registre et nous plonge dans l’horreur avec Rachel Rising (publié entre 2011 et 2016). Rachel se réveille dans une fosse creusée sommairement dans la campagne et ne se souvient de rien. Revenue chez elle, tout indique qu’en fait, normalement, elle est morte! En cherchant à découvrir ce qui lui est arrivé, elle va croiser la route de sorcières, d’un être immortel et d’une fillette tueuse en série habitée pas un démon. J’avoue que celui-là, je l’ai abordé à reculons : l’horreur, ce n’est pas ma tasse de thé. Mais j’ai suivi les dessins et la narration de Terry Moore jusqu’au bout.

Le titre suivant est Motor Girl, publié entre novembre 2016 et novembre 2017.

C’est le premier titre de Terry Moore pour lequel il a annoncé qu’il serait composé de 10 numéros (soit 10 fascicules de 20 à 22 pages chacun). Jusqu’à présent, on pouvait avoir l’impression que Terry Moore laissait ses histoires se développer comme elles voulaient. SiP, c’est 90 comics, Echo – 30 numéros, Rachel Rising – 42 numéros. T. Moore a d’abord expliqué qu’il y avait une raison économique. Il vit de la vente de ses œuvres, mais sur les derniers titres il avait remarqué que les lecteurs achetaient les premiers numéros pour voir où l’histoire allait, mais ensuite, ils arrêtaient d’acheter les fascicules pour attendre la sortie des volumes cartonnés (tous les les 5 ou 6 fascicules) ou pire, la sortie de l’édition omnibus. Il faut croire que ce format des 10 numéros (donc 2 albums de 5 et une édition omnibus) lui permet de mieux équilibrer ses rentrées car il est resté sur ce même schéma depuis.

Motor Girl est sûrement l’un de mes titres préférés. L’héroïne en est Sam, une femme soldat qui a fait la campagne en Irak et en est revenue avec un syndrome post-traumatique. Elle travaille dans une casse automobile au milieu du désert avec pour seul compagnon, Mike, un gorille. La propriétaire de la casse est une tante (ou grand-tante) de Francine. Quand Sam apprend que la casse pourrait être vendue, elle commence à recevoir la visite nocturne de petits être extraterrestres dont les soucoupes volantes ont besoin de pièces détachées. Peut-être que cela tient au sujet ou au récit plus resserré (ne me jetez pas la pierre, mais parfois dans SiP ou Rachel Rising, on a quand même l’impression que TM allonge la sauce), mais l’histoire avance bien, va à l’essentiel et je n’ai pas vu venir la fin.

A la suite de Motor Girl, on a eu le retour de SiP avec Strangers in Paradise XXV publié en 2018 en 10 fascicules. Le passé de Katchoo risque d’être dévoilé et elle se jette dans une course à travers le monde pour tenter de l’empêcher.

Le dernier titre est Five Years (ou Cinq Ans en France). Toujours en 10 fascicules publié en 2019. Toutes les héroïnes des précédentes œuvres de Terry Moore sont réunies par Tambi (la sœur de Katchoo). Si rien n’est fait rapidement, la Terre pourrait être entièrement détruite sous 5 ans et Katchoo a un rôle à jouer.

En 2020, Terry Moore a dessiné un one-shot de 90 pages publié cet automne : Ever, l’histoire d’une jeune fille à la veille de son 18ème anniversaire qui apprend qu’elle est l’objet d’une très ancienne prophétie et elle a une décision à prendre. A priori, cette histoire n’a rien à voir avec le reste, mais comme il y a quand même un petit lien avec un personnage « mineur » déjà vu, alors qui sait si on ne la reverra pas plus tard…

Une autre série commence en janvier (le 13 pour exact) Serial qui suit la petite Zoé (la petite meurtrière de la série de Rachel Rising…)

Tous les titres de Terry Moore sont traduits et publiés en France par Delcourt. Ces titres existent également en version électronique en kindle ou sur les plateformes Comixology et Izneo (et peut-être ailleurs, mais je n’ai pas cherché). Sur Comixology ou au format kindle, vous avez également les fascicules en anglais dès leur publication (soit environ un numéro toutes les six semaines).

Alors maintenant, la grande question : pourquoi j’aime Terry Moore ? J’aime son style, à mi-chemin entre la ligne claire et le réalisme. J’aime les univers qu’il crée (SF/fantastique, mais aussi thriller et horreur qu’il m’a fait apprécier, au moins dans son œuvre, et ça, à ma plus grande surprise).

J’aime qu’il choisisse des héroïnes au centre de ses récits (à défaut de ne lire que des artistes féminines comme le voudrait Alice Coffin, je veux au moins avoir un max d’héroïnes) et il a commencé à une époque où ce n’était pas la mode. Il explique régulièrement (et je l’avais entendu quand il était venu à Paris au début des années 2000) qu’il trouve plus intéressant d’écrire et de dessiner des personnages féminins (ce n’est pas moi qui vais critiquer). Et il fait ça avec beaucoup de finesse et de sensibilité. On n’a pas l’impression d’avoir un personnage « masculin » juste dessiné sous une forme féminine pour montrer de la diversité. Et ces personnages sont dessinées de façon réaliste : elles ne sortent pas d’un comics ou d’un manga avec énormément de courbes pas du tout anatomiques.

Ensuite, ses histoires tiennent la route. Parce que le dessin, c’est une chose, mais il faut pouvoir se laisser emporter par le récit et que ce soit les longues histoires comme SiP ou Rachel Rising, ou les récits plus serrés comme Motor Girl.

Alors maintenant, des recommandations. Je pourrais faire court et vous dire qu’il faut tout lire (je précise que je fais cette chronique de mon plein gré et que j’ai acheté tous les titres de Terry Moore en ma possession). Si vous n’avez rien lu de lui (c’est possible ; étrange, mais possible) commencez avec Ever ou Motor Girl. Ce sont des titres plus courts, mais également caractéristiques du style narratif de Terry Moore. Comme ça, vous pourrez voir si vous aimez ou pas, sans vous ruiner.

Si vous avez lu Sip, puis plus rien parce que ce n’était plus Katchoo et Francine, vous pouvez reprendre avec Strangers in Paradise XXV et Five Years. Mais vous pourriez vous poser des questions sur tous les autres personnages et les réponses se trouvent dans Echo, Rachel Rising et Motor Girl…. Vous voyez le dilemme ?

J’ai oublié de parler de Paradise Too et SiP Kids qui sont plutôt des essais de Terry Moore en mode « petits mickeys » quand il cherchait sa voie (mais on devine déjà des ébauches de katchoo par endroit). Ce n’est pas traduit (sauf en italien… faites attention j’ai moi-même un exemplaire de SiP Kids en italien !)

Pour celles et ceux qui dessinent ou veulent dessiner, Terry Moore a également sorti une série de fascicules How to draw…, traduit en français chez Kymera sous le titre L’art du dessin selon Terry Moore.

Et ceci me permet une bonne transition. Terry Moore, en artiste indépendant, est présent sur les réseaux sociaux. Si vous voulez savoir sur quoi il travaille ou à quelle convention il va se rendre (en temps « normal ») ou quand il lance la pré-souscription du prochain volume Omnibus, il faut voir ça sur Twitter, sur Facebook (mais je n’y suis pas) ou sur Instagram (suivez ce lien vers son site et vous aurez toutes les coordonnées).

Il a également une chaîne Youtube qu’il a pas mal alimentée cette année et où il a refait entre autre ses leçons de dessin en live (d’où ma transition) et où il discute de ce qu’il fait, de ses projets. Pour ceux qui ne sont pas sûr de leur anglais oral, Il est parfaitement compréhensible et vous pouvez mettre les sous-titres anglais sur les vidéos.

Je vous indique enfin le lien d’une interview très intéressante (en français et anglais) qu’il a donnée il y a quelques mois et qui aide à mieux comprendre qui il est comme artiste.

Alors après tout ça, si on n’observe pas un pic dans les ventes des livres de Terry Moore, c’est à ne plus rien y comprendre.

That’s all, Folks !

PS : toutes les illustrations sont © Terry Moore – la première photo est © styx63

4 réflexions sur « Chronique : Terry Moore »

  1. Chronique très complète sur cet auteur que j’apprécie beaucoup, bravo !
    Personnellement, j’ai lu SIP au moins 3 fois :O) et j’ai bien accroché à Echo. J’attends l’intégrale de Rachel Rising pour la lire en une fois !
    Mais plus que tout, j’aimerais découvrir Strangers in Paradise XXV. On est d’accord qu’il n’est pas sorti en VF ??

    1. Bonjour Kaktus,

      Tu m’as fait chercher car comment Delcourt pourrait sortir « Cinq ans » si il n’y a pas SiPXXV avant.
      Et je l’ai trouvé !
      SiPXXV est publié dans le volume « Intégrale SiP -vol 4 » sorti en novembre 2019. Et il comprend en bonus la totalité de SiP Kids ainsi que le sketchbook spécial 25e anniversaire (dont on voit le dos sur la photo de mon étagère). J’ai vérifié avec les premières pages que l’on peut voir sur Amazon et c’est bien le début de SiPXXV.

      J’ai trouvé la réponse ici : https://www.comicstories.fr/strangers-in-paradise-integrale-iv-vf-delcourt/
      (il a l’air bien, ce site – ce sont eux qui ont également publié l’interview mentionnée en fin d’article. Et si ils aiment Terry Moore en plus…)

      1. Ahhhhh mince !!! Me reste plus qu’à acheter les 4 intégrales (grrrrr…. je les aime pourtant bien mes 16 albums durement acquis au long des ans). Et pareil, je ne comprenais pas qu’ils aient sorti 5 ans et pas la fin de SIP. Merci d’avoir cherché plus loin, avec succès :O)

        1. On peut s’interroger sur ce choix éditorial. Si tu es un lecteur qui n’a pas la collection intégrale, tu ne fais pas attention quand un 4e volume sort.
          Et SiP XXV, c’est encore SiP mais c’est aussi autre chose.
          Alors bien sûr, ils ont ajouté SiP Kids et le sketchbook pour en faire un volume aussi épais que les trois autres.
          Ou alors, c’est juste pour obliger à acheter les 4 volumes, parce que n’avoir, qu’un « tome 4 » dans une collection, ça fait bizarre. Les éditions allemandes et italiennes ont fait un volume SiP XXV à part, comme pour tous les autres titres.

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