XWP, il y a 25 ans…

Ces derniers jours, j’essaie de remettre en ordre tous les souvenirs, tout ce qui entoure l’arrivée de cette série dans mon paysage personnel. Mais j’en arrive à me dire qu’il va falloir une sacrée préface car c’était une période de grands changements que les plus jeunes auront du mal à imaginer. J’ai fait un certain nombre de recherches, juste pour être sûre de mes souvenirs et de leur chronologie. En effet, si j’ai quelques « marqueurs » bien précis pour certains évènements, c’est beaucoup plus flou pour d’autres.

On va donc commencer vers le milieu des années 90 (1994 ou 95 pour être vaguement plus précis – faudrait probablement que j’aille fouiller dans mes papiers si je veux être sûre, mais je n’en ai pas envie) et l’arrivée de la TV par câble avec plein de chaînes en plus par rapport à ce qu’il y avait avant (et je ne parle même pas de juste 2 chaînes en N&B).

Ce dont on ne se rend pas compte, c’est combien la multiplication des chaînes a permis l’accélération de l’arrivée des séries en France. A une époque où on a droit à du « H+24 » autrement dit la diffusion d’un épisode 24 h après sa première diffusion aux USA, une série américaine « normale » pouvait mettre 2 à 3 ans avant d’arriver sur nos petits écrans (faites l’essai avec vos séries préférées dans les années 80 sur le site d’IMdB si vous ne me croyez pas).

Donc, reprenons le cours de l’histoire : Automne 1996 – sur une de ces nouvelles chaînes appelée Canal Jimmy, qui devait être la chaîne la plus cool à l’époque, une émission non moins cool passait une fois par semaine : « Destination Séries » présentée par Jean-Pierre Dionnet (qui pour moi, était auréolé de sa participation dans « Les Enfants du Rock », environ 10 ans plus tôt) et Alain Carrazé (le grand spécialiste des séries TV). Chaque semaine, ils parlaient d’une nouvelle série ou d’une série ancienne ou d’un genre de série ou d’un auteur ou producteur à connaître. Ils parlaient aussi de l’actualité télé, des rumeurs et des annonces, de ce qu’il fallait voir et de ce qui était attendu.

Leur émission du 4 octobre 1996 fut consacrée à la série Hercule, déjà diffusée sur TF1 et qu’il m’arrivait de regarder et ils finirent en parlant de la série spin-off qui arrivait un mois plus tard en France, je parle bien sûr de Xena. Leurs commentaires étaient unanimes : série bien meilleurs qu’Hercule : moins de monstres, autant de castagnes, deux héroïnes sur la route, l’une à la recherche de sa rédemption… Je vous promets que j’ai noté sur mon agenda la date de diffusion du premier épisode : le samedi 2 novembre 1996 et j’ai attendu fébrilement la parution du programme TV qui me confirmerait que oui, ça arrivait.

Enfin arrive le samedi 2 novembre, vers 16 h ou 16 h 30. J’ai un doute sur l’heure sauf à dire que d’ordinaire, je ne regarde pas la télé à cette heure-là et que le magnétoscope m’a sauvé la mise plus d’une fois. J’ai presque failli décrocher le téléphone tant j’attendais ce moment et ne voulais pas être dérangée. Les quelques images vues un mois plus tôt m’avaient vraiment chauffée à blanc et je n’en pouvais plus d’anticipation.

Et 50 minutes plus tard (soit 45 minutes d’épisode et environ 5 minutes de coupure pub), je savais que j’étais tombée sur un petit bijou de série. La série à part, inclassable qui alliait humour et drame, castagne et effets spéciaux plus ou moins réussis, antiquité revue à la sauce « hollywoodienne » et paysages néozélandais, et deux héroïnes qui semblaient en dire plus que ce qu’elles disaient.

Deux héroïnes qui n’avaient pas besoin d’hommes pour avancer, on n’avait pas vu ça depuis « Les Drôles de Dames » 20 ans plus tôt que j’ai regardé religieusement à l’époque (même quand les actrices des premières saisons sont parties – sauf ma préférée, que les scénarios se sont fait plus faibles etc….)

Et puis il y avait le subtext (mot que j’ignorais en novembre 1996) déjà présent à mon avis dans cet épisode entre le coup reçu par Xena pendant la bagarre avec la bande à Draco au début juste au moment où elle échange un regard avec Gabrielle et le passage où elle se recueille sur la tombe de son frère et Gabrielle lui déclare que « non, elle n’est pas seule », jusqu’aux échanges de la fin sur le fait que Gabrielle ne peut pas (et ne veut pas) retourner dans son village, qu’elle ne peut pas être comme toutes les files de son âge, qu’elle est différente, et enfin, les dernières images sur une offre d’amitié, acceptée avec un peu de réticence.

Tout ça parlait à une partie de moi, consciencieusement enfouie depuis un paquet d’années.

Cette deuxième moitié de la décennie 90, c’est également l’arrivée d’Internet. Je le vois arriver à mon bureau de l’époque, je pense en 1996. Ma mère, toujours à la pointe du progrès, doit s’abonner en 1998. Je vois vite combien ça peut faire grimper la note de téléphone. Pour les nostalgiques de la « musique » de connexion, je renvois à cette vidéo entre autre et comme elle dure moins de 4 minutes, vous pouvez regarder jusqu’au bout.

Entre Destination Séries qui commence à dire qu’on peut trouver des informations, souvent en anglais sur Internet sur nos séries préférées, que des communautés de fans se constituent…et quelques aperçus lors de connexions « volées » quand je vais voir mes parents le dimanche, et je craque enfin la dernière semaine de l’année 1999; L’achat du modem date du lundi 27 décembre 1999 et ma première connexion du 28 décembre.

A cette époque, j’étais entre deux jobs et j’avais beaucoup de temps. Donc entre le 28 décembre 1999 et le 6 mars 2000, j’ai découvert Internet, les sites parlant de Xena, les Fanfics, les groupes Yahoo : tout ça en anglais. J’ai appris à sauvegarder les pages que je voulais lire et à me déconnecter juste après. Je viens de fouiller mon disque dur (même si je n’ai pas sauvegardé autant qu’il faudrait mes disques durs, j’ai quand même réussi à conserver le noyau dur de ma collection de fanfics, certaines très anciennes et je vois par exemple le dossier qui contient « Accidental Love » de BL Miller : chargé le 30 décembre 1999.

Dans la catégorie « Le poids des mots, le choc des photos », cette capture d’écran me fait réaliser qu’en 3 jours, j’avais découvert les fics, non seulement les classiques, mais aussi les über.

C’est là qu’on voit tout ce que les xenaverses ont apporté : Un premier épisodes (The Xena Rolls S2E10 – 13/01/97) nous avaient donné Mel Pappas et Janice Covington. Un autre épisode (Between the Lines S4E15 – 15/2/99) donnera naissance à l’une des sources inépuisables du Femslash : l’über.

Comme je l’ai dit plus haut, tout ça se passait en anglais. Ce ne fut pas un problème car j’avais pris l’habitude depuis mes années de fac de lire régulièrement des livres en anglais. Il est certain par contre que la quantité de textes dévorés en anglais a atteint un niveau considérable ces années-là. Je n’avais pas le sentiment d’être la seule française à aimer Xena, mais j’avoue que je n’ai pas cherché s’il existait une communauté francophone. En fait, je ne sais pas comment je suis tombée dessus, mais ça devait être aux alentours de mai 2000. je viens de me faire une mini-frayeur – j’ai cru que toutes mes fics d’origine avaient disparu lors de la mort de mon dernier ordinateur, il y a un an, mais j’ai finalement remis la main sur une sauvegarde.

Et je peux voir que les premiers chapitres de ma première fic en français appelée « Tous comptes faits » datent de juin 2000. Cela signifie que j’avais trouvé la communauté de « Guerrière & Amazone », que j’avais vu des fics en français, que je me suis dit pouvoir en faire autant et qu’il y avait des lectrices potentielles.

Et sinon, ne cherchez pas TCF dans mes archives : elle a été relues par deux ou trois bêtas, mais n’a jamais été publiée. Il faudra attendre le premier semestre 2001 pour que je mette en ligne mes premières fics, ou peut-être plus tard. Les premier chapitres des « Deux Morts » ont été écrits en mars 2001, « l’Affaire du bikini rose » a été écrite le 4 mai 2001.

Et a priori, la dernière fic écrite, achevée et publiée (celle dont je ne me souvenais pas) date de Juillet 2011.

Grâce aux Xenaverses, j’ai fait de belles rencontres, nouées des amitiés qui ont durées jusqu’à aujourd’hui, même si c’est en pointillé.

J’ai accompli un vieux rêve d’enfant qui était d’écrire, même si je continue de me considérer d’abord comme une lectrice.

Les Xenaverses m’ont permis également de faire la paix avec moi-même en m’aidant à trouver ma réalité. Pas sûre qu’une série comme The L-Word aurait eu le même effet.

Alors, 25 plus tard, la série a toujours une place à part dans mon cœur. Elle repasse de temps en temps sur SyFy et je regarde à chaque fois. J’ai même eu l’impression qu’à la dernière diffusion, il y a des épisodes des dernières saisons que j’ai enfin vus (sur les saisons que TF1 avait cessé de diffuser).

Il n’y aura jamais d’autre série comme ça. Une série coute tellement cher et l’audience est tellement éclatée qu’il faut que ça accroche tout de suite, que ça ne fasse pas de vagues ou uniquement des vagues « programmées » qui font un bon buzz, qui amènent de nouveaux spectateurs. Et maintenant, qui fait encore des séries de 20 épisodes par saison ?

Les auteurs/producteurs/artistes ont probablement bénéficié de l’éloignement du lieu de production par rapport aux centres de décision états-uniens (j’avais lu une fois quelque chose en ce sens). Et puis il doit y avoir quelque chose dans l’air ou l’eau de Nouvelle Zélande.

Je ne crois pas qu’il faille chercher à avoir un reboot. Une fois, une chaîne a commandé un développement à un auteur plutôt pas mauvais, mais ça n’a pas été loin. Peut-être parce qu’il se sont rendu compte que garder la légère folie douce de la série au milieu des moments plus sombres était quasi impossible de nos jours. Ou bien c’est une comédie, ou bien c’est une série « réaliste » pleine de bruits et de fureur. Et puis, la relation X/G, qu’elle soit maintext ou subtext, quelle chaîne est prête à parier dessus ? C’est facile de soutenir le mois des fiertés, on fait un documentaire, on invite quelques artistes gay, mais faire une série de fantasy avec un couple de femmes ? Are you crazy ?

Pour les chanceux qui ont découvert Xena à la fin des années 90, il faut garder ça comme une petite bulle d’émerveillement avec un personnage formidable qui a ouvert la voie aux Buffy, Sydney Bristow et autres…

Il faut également penser à la chance que les fans ont eu à la fin de ces mêmes années 90 de pouvoir jouer avec cet univers dans des fics, des vidéos, des dessins. Certaines productions n’étaient pas aussi permissives au tout début. En fait, la production a embrassé cette énergie qui venait des fans quand ils ont invité Melissa Good, la barde N° 1 des Xenaverses, à écrire plusieurs scénarios qui ont été filmés.

En parlant d’énergie, il faut réaliser également que toutes ces femmes qui ont commencé à écrire des fics « classiques », puis des « über » se sont enfin lancées dans l’écriture, que des maisons d’éditions sont nées (beaucoup ont également disparu) mais de cette époque sont nées Regal Crest Publishing et Bold Stroke Books qui avec Bella Books, sont les trois principales maisons d’édition indépendantes à publier de la littérature lesbiennes, certains titres de chez BSB étant même traduits en français.

Est-ce que je parle toujours de Xena ? Oui, parce que tout ça pour moi, c’est Xena, ou à cause de Xena, ou lié à Xena…

Alors « 25 ans déjà ?! » oui, mais 25 ans que je ne regrette pas, qui sont une part important de ma vie adulte geek (parce que je n’ai pas parlé du temps où je faisais des sites, ou je créais des forums, où je bidouillais de l’HTML)

S’il n’y avait pas eu cette série, ma vie en aurait été plus pauvre.

Battle on !

PS : pour prolonger les souvenirs, deux articles (en anglais) :

6 réflexions sur « XWP, il y a 25 ans… »

  1. Très bel article Styx ! J’ai vécu la même petite bulle d’émerveillement et Xena fait définitivement partie de ma vie.
    Quant aux FF, « Les deux morts de Lucas Delvaux » reste une de mes préférées dans les francophones ;O) Welcome back !

  2. Salut. Comme le dit BigK (souvenirs… ^^), c’est un très bel article.
    Et je l’ai trouvé très touchant.
    Moi c’est plus les FF, que j’ai découvert sur GA, que la série elle-même, qui ont enrichies ma vie.
    Ce qui comprend les tiennes.
    Alors : merci.

    1. je te comprends. Il y a des séries que je n’ai presque vécu que par le biais des fics. Ce qui s’est passé il y a 25 ans a permis d’avoir des sites comme GA. donc c’est une partie de l’histoire.

  3. Tu as très bien résumé et l’époque et l’ambiance. C’est quelque chose que les d’jeunes ne peuvent certainement pas comprendre ; d’un côté, c’est mieux pour eux car il me semble que c’est plus fluide pour eux (même s’il y aura toujours quelques constipés du bulbe pour critiquer ce qu’ils ne peuvent pas comprendre) mais d’un autre, avoir vécu cette évolution, quelle chance !

    PS : ah les contes du Chaton Fripon… 😉

    1. quand je commence à penser… « De mon temps.. », je me dis que je prends un coups de vieux, mais je ne vais pas dire que c’était mieux. Par contre, ce fut effectivement une période passionnante à vivre.

      Quant au chaton fripon, il ferait mieux de voir s’il a un peu de temps de libre car il sera mis à contribution si on devait migrer vers A3O. 😉

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